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Au Niger, un défenseur emprisonné pour "diffusion de données de nature à troubler l'ordre public"

Updated: Mar 11

Aujourd'hui, journée "Justice morte" dans tous les tribunaux du Niger, le procureur de la république près le tribunal de grande instance de Niamey et son adjoint n'ont, eux, quitté leurs bureaux que le temps d'une petite pause. La quasi-totalité des magistrats et avocats étant en grève, il n'y avait pas beaucoup de prévenus, de justiciables et autres usagers à servir; mais, il fallait que eux au moins, et aussi le président du tribunal, soient là pour montrer que la justice n'est pas morte et qu'elle peut sévir même en pareille circonstance contre les acteurs de la société civile. Après une longue journée, la décision de l'un des magistrats les plus consciencieux, un de ceux qui n'ont pas suivi le mot d'ordre du Syndicat autonome des magistrats du Niger (SAMAN), à savoir le procureur adjoint, est tombée comme un couperet : Kaka Touda Mamane, militant actif et employé de l'association Alternative Espaces Citoyens, ira dormir ce soir à la prison civile de Niamey.


Kaka Touda Mamane (photo personelle)


Pourquoi ? parce qu'il a osé publier une information que personne ne dément; mais, une information qu'il aurait fallu, selon ceux qui l'ont gardé à vue pendant quatre jours dans les locaux de la police judiciaire et qui  ont décidé finalement de l'envoyer se reposer en prison, qu'il garde pour lui tout seul. Au cours des quatre jours de garde à vue qu'il a passé à la police judiciaire, Kaka Touda s'est défendu, comme il se doit, contre l'accusation de "diffusion de données de nature à troubler l'ordre public"; et c'est pour cela qu'il a fallu trouver autre chose, une plainte de l'hôpital national de référence, pour continuer à le garder, afin que son cas serve de leçon. Cette plainte n'est venue qu'à la dernière minute, au moment où il n'est plus possible de renouveler la garde à vue du pauvre lanceur d'alerte. Elle est une aubaine, pour le procureur adjoint qui s'est désolé de l'absence du plaignant au moment d'envoyer Kaka en prison. Ainsi donc, à Niamey, la capitale, la justice n'est pas morte; elle est vivante et elle a frappé un lanceur d'alerte, un défenseur des droits humains. Elle a frappé un défenseur des droits avec le marteau de la loi sur la cybercriminalité, au moment ses principaux acteurs, les magistrats membres du SAMAN et les avocats, se battent pour qu'elle s'occupe de la criminalité et de la délinquance financières ayant marqué la gestion des fonds alloués au ministère de la défense nationale. Le parquet auquel magistrats et avocats demandent instamment de s'occuper des criminels qui se sont enrichis de la guerre, s'est bien occupé de Kaka Touda. Le symbole est lourd : un défenseur des droits humains se retrouve en prison le jour où tous les magistrats et avocats du pays sont vent-débout contre l'impunité des criminels économiques et pour l'indépendance de la justice. Bravo Monsieur le procureur, ça c'est du bon boulot, très bon boulot même; ça peut réveiller ceux et celles qui dorment tranquillement sur leurs lauriers. Mais, Kaka sortira de prison, tôt ou tard; et la justice triomphera un jour sur cette terre africaine. Oui, tôt ou tard. La lutte continue ! Moussa Tchangari, 9 mars 2020


Actualités sur FranceInter (11/03/2020)

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